Dans deux décisions, le Conseil d’État a statué sur le conflit d’intérêts d’un ancien garde des Sceaux au sujet du rejet de la promotion de deux magistrats du siège. Les deux requérants demandent l’annulation du décret du président de la République procédant à la nomination de leurs collègues au motif que le ministre, se trouvant en situation de conflit d’intérêts, n’aurait pas dû participer à la procédure. Le recours s’appuie sur le refus préalable du garde des Sceaux de proposer leur nom au Conseil supérieur de la magistrature qui constitue un acte préparatoire ne faisant pas grief mais dont la régularité peut être contestée à l’appui d’un recours contre l’acte de nomination. Le conflit d’intérêts est ici rejeté à l’aune des seuls décrets de déport du Premier ministre de l’époque, le juge administratif se contentant d’apprécier le respect par le ministre des situations énumérées par ces textes. Si les décrets de déport semblent faire écran avec la loi n° 2013-907 du 11 octobre 2013 sur les conflits d’intérêts, le Conseil d’État s’interdisant d’ajouter des hypothèses de conflits d’intérêts, d’autres principes auraient pu être mobilisés, à l’instar de l’impartialité et du détournement de pouvoir. Ces décisions étaient l’occasion de proposer une articulation entre le conflit d’intérêts et ces différents principes dont les définitions se recoupent. Plus surprenant encore est le statut réservé aux décrets de déport par le rapporteur public qui semble les qualifier d’actes de gouvernement alors que l’on peine à voir en quoi ceux-ci relèveraient par exemple des rapports avec le Parlement.
